09042020

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L'Edito du mois - Mars 2020

 

L'Edito de Jean-Denis Errard

Rédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Finance durable

Ce néologisme est pour le moins étrange ! Mais on en devine le sens : la finance en soi n’est qu’un jeu de flux et reflux monétaires provoqués par le mercantilisme, l’avidité, l’ambition... L’adjectif « durable » impose une perspective, celle de l’étouffement de la planète à cause du réchauffement climatique, de la pollution, du stress hydrique, de l’extinction des ressources. De plus en plus, il se dit que la finance doit en tenir compte et permettre aux investisseurs d’en juger sur la base de données dites extra-financières (cf. l’article 173 de la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015). Lors de sa conférence des vœux, le président de l’AMF, Robert Ophèle, insista sur « l’importance de la réorientation des flux de capitaux en direction de la finance durable en évitant le green washing ». Ce maquillage écolo, c’est comme cet escroc couvert de feuilles vertes qui, entrant dans une parfumerie, « cherche quelque chose d’attractif, avec des notes vertes » pour détourner les clients de Cetelem. Concurrence déloyale, tout comme ces fonds d’investissement qui se disent « finance durable » et qui n’en ont que l’aspect. Les uns investissent dans la recherche pour proposer une vraie approche dite d’impact investing, les autres ne font qu’exploiter un filon marketing. C’est pourtant une voie d’avenir pour la gestion dite active par rapport à celle des indices, la finance durable lui redonne du sens !

J’ai interpelé Robert Ophèle sur ce sujet. Il reconnait qu’il existe « un tel flou qu’on peut mettre sous la même étiquette des gestions qui n’ont pas grand- chose de commun ». Le problème, me fait-il remarquer, « c’est que ce qui est déclaré vert en France ne l’est pas forcément dans un autre pays d’Europe ! »

Mais face à l’urgence qu’attend-t-on pour faire de la « finance durable » une vraie exigence européenne structurée ?

Une commission Climat et Finance durable vient d’être mise en place à l’AMF pour présenter des propositions. Un règlement européen de normalisation, de « taxinomie » pour reprendre le terme utilisé à Bruxelles, serait en cours d’élaboration. Reste à savoir ce qui en sortira : une ambition forte, avec des normes minimales d’investissement, des ratios d’engagement, ou juste un parfum de verdeur comme dans la publicité ! C’est déjà une bonne chose que l’AMF et l’ACPR mènent de concert une enquête actuellement afin de rendre un rapport public à la fin de cette année chez les différents acteurs financiers.

Cette expression « finance durable » sonne creux, comme tout oxymore. L’esprit de Trump, largement partagé, est comme l’esprit de Munich une lâcheté devant la menace. Le président de l’AMF a raison de dire, je le cite, que « c’est un enjeu de société considérable qui permet de réconcilier le plus grand nombre avec la finance ». « C’est l’une des clés de l’année 2020 ». C’est même la clé de toutes les années à venir ! Car la réforme des retraites, on s’en fout, si dans moins de 20 ans plus personne ne peut respirer ! /p>